AccueilActualitésRaffinerie Dangote au Kenya : le litige foncier s’envenime

Raffinerie Dangote au Kenya : le litige foncier s’envenime

La raffinerie Dangote au Kenya doit officiellement entrer dans sa phase de construction à Lamu malgré une contestation foncière portée par des habitants de la région. La justice n’a pas interdit la cérémonie prévue ce 30 septembre, mais son ordonnance pourrait ralentir les travaux sur certaines parcelles disputées.

La raffinerie Dangote au Kenya confrontée à la justice

Le projet de 16 milliards de dollars porté par le groupe du milliardaire nigérian Aliko Dangote doit franchir une étape symbolique ce mercredi. Le président kényan William Ruto et l’industriel doivent participer à la pose de la première pierre de cette raffinerie de Lamu, conçue pour traiter jusqu’à 700 000 barils de pétrole brut par jour.

Mais le lancement intervient désormais sous contrainte judiciaire. Cent trente-trois habitants de Chandavai ont saisi l’Environment and Land Court de Malindi. Ils revendiquent des droits sur une partie du terrain référencé LR No. 13061, dans la zone de Hindi-Manda Magogoni.

La juge Jane Onyango a demandé aux parties de maintenir le « statu quo » sur la parcelle contestée jusqu’à une audience prévue le 14 octobre. Le tribunal n’a toutefois pas ordonné l’annulation de la cérémonie de lancement. Dangote Group reconnaît que cette décision pourrait affecter certaines activités sur le site.

Des habitants revendiquent des terres cultivées depuis des générations

Le conflit dépasse donc une simple mobilisation d’activistes. Les plaignants sont notamment des agriculteurs et des occupants qui affirment que leurs familles exploitent ces terres depuis plusieurs générations, même si beaucoup ne disposent pas de titres fonciers enregistrés.

Ils invoquent leur occupation ancienne, leurs cultures, leurs habitations et d’autres aménagements pour demander la reconnaissance de leurs intérêts dans le processus d’acquisition foncière. Certains soutiennent également que des cultures et des biens ont déjà été détruits sans compensation préalable. Ces accusations restent contestées dans le cadre de la procédure judiciaire.

Les manifestants assurent par ailleurs ne pas rejeter le développement économique. Ils réclament surtout des garanties sur les indemnisations, le relogement éventuel, l’emploi local et la participation des communautés aux bénéfices du projet. Des manifestations ont eu lieu à Lamu le 29 septembre et la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser certains rassemblements.

Un projet pétrolier stratégique pour l’Afrique de l’Est

Pour Nairobi, la raffinerie représente l’un des plus importants investissements industriels jamais annoncés au Kenya. L’installation devrait approvisionner le marché kényan mais aussi plusieurs pays voisins, dans une région encore très dépendante des importations de produits pétroliers raffinés.

Le projet est déjà entré dans une phase de mobilisation logistique. Le port de Lamu a reçu fin septembre 2 930 tonnes de machines et de matériaux destinés au chantier, selon la Kenya News Agency. Le complexe doit également s’intégrer au corridor LAPSSET, vaste programme d’infrastructures reliant notamment le Kenya, l’Éthiopie et le Soudan du Sud.

Dangote envisage une mise en service autour de 2030. Le groupe prévoit également d’associer des États d’Afrique de l’Est au capital, tandis que des investisseurs américains pourraient participer au financement.

Le litige foncier peut-il réellement bloquer la raffinerie ?

À ce stade, parler de paralysie du projet serait excessif. L’ordonnance judiciaire ne bloque pas l’ensemble de la raffinerie et n’empêche pas la cérémonie du 30 septembre. Elle impose surtout de préserver la situation sur les portions concernées par le contentieux jusqu’à la prochaine audience.

Le risque devient néanmoins plus sérieux si la justice reconnaît des droits aux occupants ou exige de nouvelles procédures d’indemnisation, de consultation ou de réinstallation. Un tel scénario pourrait modifier le calendrier de certains travaux, notamment sur les terrains contestés.

Le véritable test arrivera donc le 14 octobre, lorsque la juridiction examinera les arguments des différentes parties. Pour Dangote et le gouvernement kényan, l’enjeu consiste désormais à lancer un projet industriel gigantesque sans laisser le contentieux foncier se transformer en obstacle durable.

Monge BANKOLE
Monge BANKOLE
Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.
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