La Grande Muraille verte se heurte au Burkina Faso à un obstacle que les plantations seules ne peuvent surmonter : l’insécurité jihadiste. Des sites ont été abandonnés ou ralentis, tandis que les difficultés d’accès aux financements compliquent encore un projet pourtant présenté comme essentiel à la résilience du Sahel.
Des sites de restauration abandonnés face à l’insécurité
Dans les régions sahéliennes du Burkina Faso, la progression des groupes armés a profondément bouleversé les projets de restauration des terres. À Dori et Aribinda, près de 600 000 plants avaient été mis en terre entre 2013 et 2015. Mais les opérations communautaires ont ensuite fortement ralenti.
L’insécurité ne menace pas seulement les arbres. Elle touche directement les personnes chargées de les planter et de les entretenir. Des agriculteurs impliqués dans les programmes ont été tués et certaines communautés ont dû quitter leur zone. Aboubacar Lougue, coordinateur national d’une organisation de jeunes engagée pour l’environnement, expliquait ainsi que certains sites avaient dû être « abandonnés » à cause des risques sécuritaires.
Cette situation modifie aussi le comportement des bailleurs. Plusieurs partenaires privilégient désormais des zones plus accessibles afin de réduire les risques pour leurs équipes, ce qui peut laisser de côté des territoires particulièrement dégradés.
La Grande Muraille verte reste pourtant active au Burkina Faso
Parler d’un projet totalement à l’arrêt serait toutefois excessif. En février 2026, la FAO, le Programme des Nations unies pour l’environnement et leurs partenaires ont encore dressé à Ouagadougou le bilan d’un programme mené au Burkina Faso et au Niger.
Au Burkina Faso, ce projet a permis de restaurer environ 440 hectares de terres dégradées. Il a également soutenu 21 coopératives et accompagné 60 jeunes entrepreneurs actifs dans les métiers liés à la restauration des écosystèmes. Les partenaires prévoient de poursuivre cette phase jusqu’à la mi-2027.
La difficulté tient donc moins à une disparition totale des projets qu’à leur fragmentation. Les programmes continuent dans certaines zones, tandis que les territoires les plus exposés au conflit deviennent beaucoup plus difficiles à atteindre.
La FAO reconnaît elle-même cette réalité. Elle décrit la zone transfrontalière entre le Burkina Faso et le Niger comme à la fois un foyer de dégradation environnementale et une zone de conflit.
Des milliards promis, mais des décaissements beaucoup plus lents
La question financière constitue l’autre grande faiblesse de la Grande Muraille verte. En 2021, les partenaires internationaux avaient annoncé environ 19 milliards de dollars pour accélérer l’initiative entre 2021 et 2025. Mais à la fin de 2023, seulement 2,5 milliards avaient effectivement été décaissés, selon un rapport de la Banque africaine de développement.
Cet écart entre engagements et argent réellement disponible illustre une difficulté ancienne. Les financements doivent passer par de multiples institutions, programmes et procédures avant d’atteindre les projets locaux.
Le problème reste d’actualité. Lors de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, en août 2026, la Banque africaine de développement appelait encore à transformer les engagements financiers en projets réellement finançables et en investissements à grande échelle.
L’objectif de 2030 devient de plus en plus difficile
Lancée en 2007, la Grande Muraille verte vise notamment à restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées, créer 10 millions d’emplois verts et séquestrer 250 millions de tonnes de carbone d’ici à 2030.
Les progrès restent très éloignés de cette ambition. L’ONU estime qu’au moins 33 milliards de dollars supplémentaires sont nécessaires pour atteindre les objectifs fixés. À l’échelle des pays concernés, près de 18 millions d’hectares avaient été restaurés selon les données compilées par la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification.
Au Burkina Faso, l’enjeu dépasse donc la plantation d’arbres. Sans amélioration durable de la sécurité, accès aux communautés rurales et financements effectivement décaissés, une partie de la Grande Muraille verte risque de rester inaccessible précisément là où la restauration des terres est la plus urgente.
