Pour Nelci Caixeta, la coopération agricole Brésil-Afrique ne consiste pas à imposer aux pays africains un modèle agricole prêt à l’emploi. Le responsable de l’Agence brésilienne de coopération (ABC) défend plutôt un partage d’expériences destiné à renforcer les capacités locales et l’autonomie des producteurs.
Coopération agricole Brésil-Afrique : un modèle fondé sur l’échange
Nelci Peres Caixeta coordonne la coopération technique de l’ABC avec l’Afrique, l’Asie et l’Océanie. L’agence, rattachée au ministère brésilien des Affaires étrangères, organise des programmes de coopération Sud-Sud dans plusieurs domaines.
Dans l’agriculture, la philosophie affichée repose sur le transfert de connaissances et l’adaptation des technologies aux réalités de chaque pays. Les projets sont généralement élaborés avec des institutions locales et répondent aux demandes des États partenaires.
Cette approche explique la dimension « solidaire » mise en avant par Caixeta. Le Brésil cherche à partager des solutions qu’il a lui-même développées face à des problématiques agricoles comparables, notamment sous climat tropical.
Il ne s’agit donc pas, officiellement, de reproduire à l’identique les méthodes brésiliennes. Les techniques doivent être testées puis adaptées aux conditions climatiques, économiques et sociales locales.
Le coton est devenu la vitrine de cette coopération
Le secteur cotonnier constitue l’exemple le plus avancé de ce partenariat.
Le Programme brésilien de renforcement du secteur cotonnier en Afrique a commencé en 2009 avec quatre pays, le Bénin, le Burkina Faso, le Tchad et le Mali. Il concerne désormais 18 pays africains.
Au Mali, au Sénégal et en Zambie, plusieurs projets cherchent notamment à améliorer les rendements, les sols et les pratiques de production. Des institutions brésiliennes comme l’Embrapa, l’EMATER-MG et l’EPAMIG fournissent leur expertise.
L’enjeu dépasse la production de coton. Selon Caixeta, l’amélioration des revenus des agriculteurs peut également renforcer la sécurité alimentaire de leurs familles. L’ABC présente ainsi la cotonculture comme un levier de développement rural plutôt que comme une simple filière d’exportation.
La coopération touche aussi aux semences. Un projet régional a permis d’identifier 40 variétés de coton parmi les pays africains participants afin que chacun puisse sélectionner les ressources génétiques correspondant à ses besoins.
Le Brésil veut capitaliser sur son agriculture tropicale
L’intérêt africain pour l’expertise brésilienne tient en partie à une caractéristique commune. De nombreuses régions du Brésil connaissent des conditions tropicales proches de celles rencontrées sur le continent africain.
Brasília peut donc proposer des connaissances développées dans les domaines de la recherche agronomique, de l’irrigation, de la mécanisation ou encore de l’amélioration des sols.
Cette coopération prend aujourd’hui une nouvelle dimension.
En juin 2026, l’ABC et la Banque africaine de développement ont signé un accord destiné à renforcer les systèmes alimentaires africains. L’agriculture intelligente face au climat, la mécanisation, l’irrigation, la transformation agroalimentaire et la recherche appliquée figurent parmi les priorités.
Le partenariat associe l’expérience technique brésilienne aux capacités de financement et à l’implantation régionale de la Banque africaine de développement.
Une coopération qui veut se distinguer de l’aide traditionnelle
Le discours brésilien insiste surtout sur le caractère horizontal de cette relation.
Dans la coopération Sud-Sud, Brasília préfère parler d’échange de connaissances entre partenaires plutôt que de relation entre pays donateur et bénéficiaire. L’objectif déclaré consiste à renforcer les institutions locales afin qu’elles puissent ensuite trouver leurs propres réponses aux défis agricoles.
Cette philosophie n’efface pas les intérêts diplomatiques du Brésil. La coopération technique contribue aussi au rapprochement politique avec l’Afrique et renforce la présence brésilienne sur un continent stratégique.
Elle peut également favoriser de nouvelles relations économiques. L’accord signé avec la Banque africaine de développement prévoit d’ailleurs de renforcer les liens commerciaux et de soutenir le développement du secteur privé.
Solidarité et intérêts économiques ne sont donc pas nécessairement incompatibles.
La particularité du modèle défendu par Nelci Caixeta réside plutôt dans la méthode. Le Brésil veut partir des besoins formulés par ses partenaires, transmettre des compétences et adapter les solutions plutôt que simplement exporter ses propres modèles.
Après plus de quinze ans de programmes cotonniers, la coopération agricole Brésil-Afrique cherche désormais à s’étendre à l’ensemble des systèmes alimentaires. Son principal défi sera de démontrer que le transfert de savoir-faire produit durablement davantage de productivité, de revenus et d’autonomie pour les agriculteurs africains.

