En Afrique, la contraception masculine demeure un sujet sensible et largement tabou. Entre réticences socioculturelles et manque d’informations fiables, les hommes sont peu enclins à s’impliquer activement dans la planification familiale. Dans un entretien accordé à AFRIQUE SUR 7, Myrriam Héléna Capo-Chichi, socio-anthropologue et militante féministe, a exploré les freins à l’adoption de ces méthodes et proposé des pistes pour promouvoir une meilleure répartition des responsabilités au sein des couples.
Les freins socioculturels à la contraception masculine
Selon Myrriam Héléna Capo-Chichi, les réticences envers la contraception masculine au Bénin et dans d’autres pays africains trouvent leurs racines dans des croyances profondément ancrées. « L’identité masculine est souvent associée à la virilité, à la procréation illimitée et à une descendance nombreuse, perçue comme un symbole de prestige social », explique-t-elle. Cette perception, renforcée par des croyances traditionnelles, pousse les hommes à éviter les méthodes contraceptives telles que le préservatif, la vasectomie ou le retrait, de peur de porter atteinte à leur image sociale.
Par ailleurs, le manque d’information fiable sur les effets secondaires des méthodes masculines alimente les préjugés. La peur de perdre sa fertilité ou de subir des impacts négatifs sur la santé renforce les résistances. Ces obstacles sont exacerbés par l’absence de discussions ouvertes sur le sujet dans les médias ou au sein des communautés.
Promouvoir une masculinité responsable
Pour surmonter ces barrières, l’experte préconise une approche multidimensionnelle. Elle insiste sur la nécessité de promouvoir une communication ouverte et inclusive au sein des couples pour redéfinir les rôles en matière de planification familiale. « Une communication de restauration qui rétablit la vérité sur la contraception masculine est essentielle », souligne-t-elle.
Elle appelle également à intégrer les leaders religieux et traditionnels dans les efforts de sensibilisation, afin de briser les tabous et d’encourager une adoption plus large. Par ailleurs, des campagnes médiatiques mettant en avant des ambassadeurs locaux et des témoignages positifs pourraient contribuer à modifier les mentalités.
Myrriam Héléna Capo-Chichi souligne l’importance de l’implication des décideurs politiques dans la démocratisation de la contraception masculine. Cela passe par l’intégration des méthodes dans les politiques de santé reproductive, la gratuité des moyens contraceptifs modernes et la formation des professionnels de santé pour garantir une prise en charge adaptée. Elle plaide également pour une éducation sur l’égalité des sexes dès le plus jeune âge. « La promotion d’une masculinité responsable, pour valoriser l’homme qui prend part activement à la planification familiale, est essentielle », conclut-elle.
