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Carburant en Afrique : l’autosuffisance possible d’ici 2030 ?

Le raffinage en Afrique connaît une accélération spectaculaire, portée notamment par les projets d’Aliko Dangote au Nigeria et au Kenya. Mais malgré ces investissements, l’idée d’une majorité de pays africains autosuffisants en carburant dès 2030 reste nettement plus optimiste que les projections disponibles.

Le raffinage en Afrique change d’échelle

Aliko Dangote a posé le 30 septembre la première pierre d’une raffinerie de 16 milliards de dollars à Lamu, au Kenya. Le complexe doit pouvoir traiter 700 000 barils de pétrole brut par jour et fournir notamment de l’essence, du diesel et du carburant aérien au marché est-africain.

L’industriel nigérian estime que cette montée en puissance pourrait profondément modifier la dépendance énergétique du continent. « D’ici 2030, la majorité des pays africains seront autosuffisants », a-t-il déclaré à l’AFP. Pour Dangote, le lieu exact du raffinage importe moins que la transformation du pétrole sur le sol africain.

Cette stratégie s’appuie déjà sur son immense raffinerie de Lekki, près de Lagos. Le groupe indique que sa capacité actuelle atteint 700 000 barils par jour, avec un projet d’extension à 1,4 million.

L’Afrique importe encore massivement ses carburants

Le point de départ reste pourtant défavorable. Selon Afreximbank, près de 80 % des produits pétroliers consommés en Afrique provenaient encore de l’extérieur du continent dans son état des lieux publié en 2025. La banque estimait également le coût annuel des importations de produits pétroliers raffinés à environ 30 milliards de dollars.

Cette dépendance paraît paradoxale pour un continent qui dispose d’importantes réserves de pétrole brut. Elle résulte notamment du vieillissement de plusieurs raffineries, de capacités insuffisantes, de problèmes logistiques et d’un manque d’investissements dans les infrastructures de transformation.

De nouveaux projets tentent de combler ce retard. En Angola, la raffinerie de Cabinda fonctionne avec une capacité de 30 000 barils par jour, tandis que le projet de Lobito doit atteindre 200 000 barils par jour. Son achèvement est actuellement prévu pour 2029.

L’autosuffisance en carburant reste loin d’être acquise

Les projections de l’Agence internationale de l’énergie invitent toutefois à nuancer la promesse de Dangote. Dans ses estimations publiées avant les derniers grands projets, l’AIE prévoyait que les capacités africaines de raffinage augmenteraient fortement jusqu’en 2030, mais pas suffisamment pour absorber toute la croissance de la demande.

L’agence estimait ainsi que l’Afrique pourrait encore avoir besoin d’importer près de 2,3 millions de barils par jour de produits raffinés en 2030, dont environ 60 % de diesel.

Les investissements annoncés depuis peuvent améliorer cette trajectoire. La raffinerie de Lamu, si elle entre effectivement en service à pleine capacité, changerait notamment l’équilibre en Afrique de l’Est. Mais sa construction reste exposée à plusieurs risques.

Une procédure judiciaire liée aux droits fonciers a déjà entraîné une décision imposant temporairement le maintien du statu quo sur certaines activités du site. Des contestations portent également sur les compensations et les conséquences environnementales du projet.

Produire assez ne signifie pas être autosuffisant

Le principal enjeu dépasse d’ailleurs la seule capacité des raffineries. Il faut disposer d’un approvisionnement régulier en pétrole brut, de pipelines, de capacités de stockage, de ports efficaces et de réseaux permettant d’acheminer les carburants entre pays.

La raffinerie de Lamu devrait par exemple traiter du brut provenant notamment d’autres producteurs africains. Le Kenya ne produit actuellement pas de pétrole à l’échelle commerciale, tandis que le projet vise un marché régional qui s’étend bien au-delà de ses frontières.

L’Afrique peut donc réduire fortement ses importations de carburants d’ici 2030 si les grands projets actuellement engagés sont achevés et fonctionnent à un niveau élevé. En revanche, une autosuffisance généralisée apparaît encore incertaine : la capacité industrielle progresse rapidement, mais la demande, les infrastructures, le financement et l’accès au brut devront suivre au même rythme.

Brice Gnanhoui
Brice Gnanhoui
Passionné par le journalisme, je suis constamment à la recherche de la vérité et de l'information précise. Mon amour pour le sport, la technologie et la politique me pousse à explorer ces domaines avec une curiosité insatiable et une volonté de partager des histoires qui comptent. Je crois fermement que chaque sujet a une histoire à raconter, et je m'efforce de la raconter de la manière la plus captivante et la plus précise possible. Que ce soit en analysant les dernières tendances technologiques, en couvrant les événements sportifs les plus récents ou en déchiffrant le paysage politique complexe, mon objectif est toujours de fournir une perspective équilibrée et une analyse approfondie
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