L’artiste ivoirien Mike Alabi revient sur ses débuts difficiles dans la musique. Entre incompréhension familiale, rigueur paternelle et persévérance, il raconte comment son rêve, d’abord écrasé sous le pied de son père, a fini par devenir une fierté familiale.
Mike Alabi : du rejet paternel à la fierté retrouvée
Pour Mike Alabi, la musique est née d’une nécessité. Alors que la Côte d’Ivoire traversait une période de drames, le jeune homme trouvait refuge dans les notes et les textes. « Tout a commencé après le drame en Côte d’Ivoire. En plus, il y avait quelques soucis familiaux et mon père était absent, car il avait passé 7 ans hors du pays. Pendant cette période, la musique était mon refuge, elle me permettait de me sentir mieux. C’est ainsi que j’ai commencé à composer. J’ai rencontré des jeunes de mon quartier qui faisaient du rap, et nous avons formé un groupe appelé le 22ᵉ District. On se produisait dans presque toutes les kermesses, et je sentais que la musique était faite pour moi. Après mon BAC, mon père est revenu. Je poursuivais mes études, mais j’avais du mal à lui avouer que je voulais faire de la musique. Un jour, je me suis décidé : je suis allé chercher mon CD et, en le vouvoyant, je lui ai dit que j’avais fait une chanson que j’aimerais qu’il écoute. Il lisait son journal. Surpris, il l’a posé, a pris mon CD, l’a déposé calmement au sol… et l’a écrasé du pied avant de me fixer et de dire : « Dans la maison de qui ? Alabi ! Quitte devant moi. » À l’époque, il n’y avait pas de discussion possible. »
De l’incompréhension à la complicité
Avec le recul, l’auteur de » C’est l’arrivée qui compte » Mike Alabi confie avoir compris la posture de son père. Derrière l’autorité et le rejet, il y avait la volonté de transmettre une force de caractère et de préserver une image familiale solide. « Il voulait être strict, il voulait me forger à son image », explique aujourd’hui l’artiste, conscient que cette dureté a participé à son évolution.
Les années passant, les rapports se sont apaisés. Après avoir bouclé ses études, Mike Alabi devient non seulement un musicien reconnu, mais aussi un fils respecté. Peu démonstratif, son père finit par exprimer sa fierté, à sa manière. « Il me l’a dit deux fois, je crois », raconte-t-il avec émotion. Aujourd’hui, l’homme qui a un jour écrasé son CD est devenu son plus proche confident, scellant une réconciliation fondée sur le respect et l’amour.
